jeudi 21 février 2019

Nicky Larson et le parfum de Cupidon de Philippe Lacheau (2019)



Emmené par un mouvement de foule composé d'amis , je me suis trouvé à regarder le jour de la sortie en salle, Nicky Larson, le parfum de cupidon. 

L'existence de ce film, largement reportée par les médias et vlogs en tout genre a reçu un accueil particulier  du public, d'abord dubitatif face au projet d'adaptation française d'une oeuvre japonaise (situation assez rare :- Faut-il remonter à Crying Freeman pour cela ?), il est vrai déjà échaudé par certaines adaptations traumatisantes : de Dragon Ball évolution à Ken le survivant, en passant justement par un Nicky Larson emmené par Jacky Chan...

La vision du trailer laissa ensuite craindre le pire pour cette adaptation, finalement encensée par de nombreux spectateurs et youtubeurs à l'issue de la séance.

Alors si la majorité de mes filous de tortionnaires ont apprécié le voyage, je dois avouer m'être ennuyé comme un rat mort (et je sens sur moi le #rage aux lèvres des sourires amusés des potos face à ma déconfiture) et vais tenter d'expliquer pourquoi après être passé aux quelques qualités et sans doute contraintes du réalisateur.

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Concernant les points positifs, on ne peut que concéder à Philippe Lacheau un vrai respect et amour à l'oeuvre animée en version française (avec ses scènes censurées) qu'il a connu à la télévision pendant sa jeunesse, accumulant des capsules visuelles méticuleuses et nostalgiques : les habits des deux héros, leurs accessoires (357 magnum et massue), l'immeuble des détectives, la Audi rouge, l'apparence de Falcon/Mamouth (en VF), etc...

Nous pouvons également noter la présence de quelques scènes réussies comme celle avec le Frère de Kaori/Laura, la surveillance avec un fusil à lunettes...

Ou l'alchimie particulière des interactions entre Nicky/Ryo et Laura/Kaori, portée à l'écran avec un certain talent...

Et enfin il y aura quelques jolies étincelles avec la sonorisation (parfois trop brève) de 2 morceaux originaux (Foot Steps et Get Wild en fin de film).

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La réalisation du film ne s'est toutefois sans doute pas faite sans contraintes je crois : 

- Premièrement le réalisateur se trouverait être l'un des auteurs les plus "bankables" de ces dernières années en comédie, poussant sans doute les producteurs à conditionner leurs financements à la réalisation d'un film comique comportant l'adn de Philippe Lacheau pour éviter le plus de risques (donc avec sa présence ? Ou son égo et rêve de gosse l'a-t-il poussé à jouer le rôle principal ?).

- Ensuite l'époque ne semble pas se prêter à montrer un héros apparemment obsédé, (même s'il s'agit d'un ressort comique et d'une façade) ce qui a peut-être poussé à [spoiler] concevoir un scénario original incluant un renversement total de la psyché du personnage principal (histoire validée par l'auteur Tsukasa Hojo).

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Nicky Larson est un film que j'aurais aimé apprécier, mais qui - malgré des qualités indéniables - n'a jamais réussi à m'immerger dans son oeuvre. Ainsi, à chaque fois que je m'accrochais à un élément positif, survenaient des détails m'éloignant du film. Je vais tenter de développer pourquoi.

D'abord la physionomie des deux personnages principaux, qui me semblait ne pas s'accorder avec l'oeuvre originale. Concernant Lacheau, j'ai eu un vrai problème à pouvoir adhérer à son visage et ses mimiques - sans doute parfaites pour un film comique-, et à son jeu totalement tourné vers le comique, alors que Nicky Larson/Ryo Saeba est à mon sens un personnage profondément duel qu'il aurait fallut pouvoir jouer comme tel : 
- l'obsession pour les femmes du héros sert tout autant de ressort comique scénaristique en contrepoint de la gravité des scénarios noirs du manga et de l'anime, que de paravent pour protéger Laura/Kaori, et plus généralement son entourage féminin, de ses propres ennemis : en montrant une certaine légèreté envers les femmes, il les protège de tentations de les utiliser pour l'atteindre lui. 
- Un autre visage se révèle ainsi en alternance : celui du héros de grande gravité, bad-ass au possible quand c'est nécessaire, et toujours prêt à agir pour sauver ceux qui lui importe. Il abandonne alors le premier masque de la comédie (et de son obsession) lors des moments de grande noblesse ou d'actions importants...

Ensuite en "premier film" live, utiliser un scénario qui renverse l'inclinaison profonde du personnage (en raison du [spoiler] parfum de cupidon) me paraît contribuer encore plus à dénaturer la tension interne au personnage principal et sa relation avec Laura/Kaori. En second film j'aurais trouvé cette idée intéressante, mais dans cette configuration de première apparition à l'écran d'un Nicky Larson français, j'ai décroché...

En matière d'ambiance j'ai également regretté qu'il n'y ait pas plus de paysages urbains de nuit (quitte à déplacer la scène à Montréal, voir la Défense etc..).

Quand au rythme de l'histoire, à son déroulé, ou à la présence de certains personnages, on ressent bien des mécaniques d'humour des films comiques français récents je suppose, mais tout cela a contribué à m'éloigner encore plus de cette adaptation. Pour moi cette alchimie entre une comédie de Lacheau et l'oeuvre de Nicky Larson ne prenait pas

Ainsi de la présence de deux personnages (acteurs de la "bande à fifi" ?), dont l'un m'évoquait un échappé de la bande du splendide, qui ne cadraient vraiment pas avec cet univers. Ou de blagues jurant un peu avec l'univers comme "le bonhomme Cetelem". Nous pourrions parler de diverses musiques comme celle de Lara Fabian qui ne rythmaient pas trop avec l'ambiance attendue.

Je mentionnerais aussi les nombreux clins d’œils de Philippe Lacheau, débordant jusqu'à l’écœurement en blagues potaches sur les dessins animés d'une époques, celle du club Dorothée (Jane et Serge/ Attakku Yû !, Juliette je t'aime/Maison ikkoku, les chevaliers du Zodiaque/Saint Seiya...), l'auteur poussant l'intention à faire apparaître l'ancienne présentatrice en caméo (mais pourquoi pas pour son personnage). 

Toute cette accumulation de "vannes" anéantira en moi une empathie envers les bonnes intentions de l'hommage.

Je pourrais aussi évoquer certains effets de caméra assez désagréables (tel que la vue subjective dans la scène de la casse), la présence de Paméla Anderson ultra botoxée, etc...


Mais je conclurais sur ceci : un film qui pourra plaire aux amateurs des comédies du réalisateur et/ou d'un Nicky Larson quant à la forme.

A noter : Un avis intéressant chez Capitaine Popcorn (ICI).

mercredi 2 janvier 2019

Brève chronique : Kamusari nânâ nichijo réalisée par Shinobu Yaguchi (2014)



Kamusari nânâ nichijo (wood Job chez Wiki) est une comédie japonaise réalisée par Shinobu Yaguchi en 2014 et basée sur le roman éponyme de Shion Miura.

Après avoir échoué à des examens d'entrée à l'université et s'être fait plaqué par sa copine, Yuki Hirano (joué par Shota Sometani), un garçon un peu ahuri, décide sur une raison triviale (une brochure utilisant la photo d'une belle jeune fille - Naoki Iishi), de participer à une école dédiée à l'apprentissage de la forêt et de ses métiers.

Le programme est dur mais il arrive à s'accrocher et se retrouve bientôt à devoir endurer le pire : une saison de stage au fond d'une montagne campagnarde... Où vit Naoki Iishi, jouée par Masami Nagasawa, excellente actrice.

Avec un casting solide, Kamusari nânâ nichijo raconte un passage à l'âge adulte du héros et présente, comme tant d'autres comédies japonaises, le choc des cultures entre un "urbain civilisé" et une campagne décentrée, "rustre" et idéalisée. Humour  et légèreté seront au rendez-vous de ce petit feel-good movie.

mardi 1 janvier 2019

Danmachi Sword Oratoria réalisé par Yôhei Suzuki (2017)...


Danmachi Sword Oratoria réalisé par Yôhei Suzuki (2017)...et petit retour sur la S1 de la série principale.

L'abonné de Netflix aura eu la surprise de découvre une série dérivée de Danmachi (ICI) également appelée Sword Oratoria.

Concernant les points communs avec sa série soeur, Sword Oratoria est composée des mêmes caractéristiques esthétiques, tel qu'une animation dynamique insufflant un souffle épique des combats d'une fantasy classique, un côté très otaku et un univers fascinant en ce qu'il intègre les mécanismes d'un jeu de rôle en tant qu'élément du monde.

Par exemple, le rôle des aventuriers est de lutter contre les monstres qui risquent de sortir d'une tour (donjon géant), les dieux présents physiquement sur le monde, révèlent par leur magie, les progressions des héros en niveaux etc...

Cette imbrication est sans doute unique dans le paysage du dessin animé japonais.

Toutefois Sword Oratoria s'éloigne de l'autre série en ce qu'elle suit le parcours de Aizu Wallenstein, la "princesse de l'épée" dans une time line parallèle. Après quelques premiers épisodes conventionnels, cette série apportera une profondeur supplémentaire en développant l'histoire, ébauchant une intrigue et des enjeux qui manquaient quelque peu dans la première série de Danmachi.

Les fans de la première série auront donc tord de s'en priver.

Cette série aura eu pour mérite de me pousser à lire ces fameuses lights novels et visionner de nouveau la S1 Danmachi pour découvrir quelques qualités supplémentaires, tel que le graphisme de certains lieux qui ne manquent pas de poésie, comme l'église à moitié enfouie qui tient lieu de maison à la Familia d'Hestia, ou la qualité et le lyrisme épique de certaines récitations en japonais lorsque des sorts sont lancés ou le fameux monologue de feu le grand père du héros*.

A noter qu'une saison 2 à la première serait prévue pour être diffusée en 2019


* pour les japonophones :

moshi eiyuu to yobareru shikaku ga aru to suru naraba
ken wo totta mono denaku
tate wo kazashita mono mo naku
iyashi wo motarashita mono demo nai

onore wo tooshita mono eiyuu to yobareru to nara
nakama wo mamore, onna wo sukue, onore wo kakeru

oretemo kamawan, kujitemo yoi, ooi nake,
shoushou ha tsume ni aisha no naka ni iru

negai wo tsuranuki, omi wo sakebu no da

sa sureba, sore ga... ichiban...kakkou no ii oono ko da

shoukei wo moyase, negai wo hoerou!

samedi 3 novembre 2018

La saveur des ramen (2018) réalisé par Eric Khoo



La saveur des Ramens (2018) est un film réalisé par Eric Khoo, singapourien, avec des acteurs de Singapour et du Japon.


Synopsis : Masato, jeune chef de Ramen au Japon, a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant. Alors qu’il entreprend le voyage culinaire d’une vie, il découvre des secrets familiaux profondément enfouis. Trouvera-t-il la recette pour réconcilier les souvenirs du passé ?

Sur le papier, ce film avait tout pour me plaire car l'histoire qu'il dessine est aux confluences de ces choses de la vie qui ont une importance pour moi :  les échanges culturels, la cuisine comme un vecteur de culture, de transmission de valeurs et d'histoires familiales... Tout en évoquant une cuisine et un "sens de la table" du Sud-Est asiatique que j'apprécie particulièrement.

Toutefois, le film m'a un peu déçu au visionnage, sans que cela soit trop désagréable :

Du point de vue cinématographique j'ai trouvé la saveur des ramens un peu naïf et maladroit dans sa réalisation et direction des acteurs.

Concernant les japonais (lesquels me sont bien plus familiers que pour le reste de la distribution), ils sont en général d'excellents acteurs capables de transmettre les émotions adéquates pour le spectateur avec une bonne mise en scène.

Parfois certaines scènes même en émotions, sonnaient justes et d'autres pas. Certains dialogues m'évoquaient un film touristique publicitaire scénarisé avec des acteurs, comme la rencontre avec le guide du personnage principal.

L'aspect documentaire gastronomique était ainsi très présent, mettant effectivement en valeur les plats, la nourriture. Mais la caméra semblait passer ensuite aux scènes de l'histoire sans transitions, de façon assez perturbante, avec parfois trop de gros plans un peu étranges sur les visages des personnages, donnant l'impression que tout était filmé de la même façon.

L'histoire était aussi marquée par l'alternance de scènes du passé et du présent. Ces premières m'ont aussi perturbé et éloigné de l'histoire comme l'utilisation de décors extérieurs avec une simple surexposition, pour montrer le passé, par rapport aux mêmes scènes du temps présent. 

Quant aux scènes intérieures du temps passé, elles me semblaient trop artificielles (comme une reconstitution trop propre d'une époque). Difficile à expliquer.

Cependant, sur le papier, il y a un excellent scénario qui lie saveurs, culture, culture gastronomique et histoire familiale et passé historique de Singapour, que je ne connais point. Et, ne boudons pas notre plaisir en se remémorant quelques belles scènes qui subsistent.

Avec un tel sujet, hou hsiao hsien en aurait sans doute fait un film magnifique.

Je laisserais pourtant  la conclusion à deux mémés derrière moi dans le cinéma "c'est beau mais un peu cul-cul quand même" 😅

jeudi 27 septembre 2018

Ishiro Honda - humanisme monstre de Fabien Mauro



Grand amateur des premiers Godzilla, de l'époque Showa, j'ai découvert grâce à un ami l'existence d'un livre écrit par Fabien Mauro*,  (le seul actuellement en français sans doute) sur l'oeuvre cinématographique d'Ishiro Honda, réalisateur du tout premier film de mon kaïju préféré.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, j'aborderais exceptionnellement l'aspect "objet" du livre, lequel me paraît important dans un tel ouvrage.
Edité par les Editions Rouge Profond dans la collection Raccords, Ishiro Honda - humanisme monstre, est un ouvrage en format"grand poche" qui au premier abord ne laisse pas une impression exceptionnelle.

Avec une photo de couverture qui manquera d'être signifiante pour le contenu de l'ouvrage, ni ne sera d'une grande lisibilité (et ne parlons pas de la police du titre ou de la maison d'édition**), le lecteur aura peut-être une hésitation avant de se procurer un exemplaire.

En matière d'usage compulsif, la tranche collée perd rapidement de sa solidité et les pages se détachent. Une autre déception est la petite taille des extraits visuels, toutefois nombreux.

Il m'est aussi arrivé de détecter des coquilles, ce qui me semble anormal pour un ouvrage culturel, à fortiori de référence***.

Au delà de ces quelques réserves quant à l'objet, il faut saluer l'initiative de Rouge Profond pour avoir édité sur un sujet aussi pointu : le travail d'Ishiro Honda, principalement au titre de la SF. En effet Si Fabien Mauro n'oublie pas de mention son activité hors œuvres de l'imaginaire, ce sera en grande partie pour relater ses collaborations avec Akira Kurosawa.

Sur le fond, l'auteur s'attache à démontrer la place centrale dans la SF japonaise d'Ishiro Honda - et non uniquement dans le domaine du kaïju eiga -, mais aussi ses qualités de documentariste, pour ensuite développer les thématiques transversales à sa filmographie.

Le lecteur y trouvera une somme de références pouvant le guider dans sa connaissance du réalisateur ainsi qu'une porte sur l'histoire des effets spéciaux nippons de l'époque, portés par Eiji Tsuburaya.

Ainsi, dans un premier temps ce dernier avait envisagé d'employer les techniques de stop-motion pour Godzilla, comme pour le King Kong de 1933, mais devant le budget et le temps nécessaire, le spécialiste des effets spéciaux se redirigera vers l'utilisation savamment orchestrée de maquettes (et certaines scènes - hors acteurs déguisés, passent très bien le passage du temps) et d'acteurs revêtant des costumes de kaïjus.

De façon incidente et parce que Ishiro Honda est indissociable du célèbre kaïju, ce livre dévoile ce qui a fait les godzilla de la première époque, dépassant de simples films de divertissements.

Ils étaient l'occasion pour le réalisateur de parler de sujets de société et de capter l'atmosphère de l'époque (post guerre, conséquences d'Hiroshima et de Nagasaki, pour le premier, évolutions sociétales, économiques, rapports entre les pays pour les suivants) tout en n'oubliant jamais dans son aspect documentaire de montrer les paysages, la terre, et de parler de l'humain dans son individualité - ce qui a été vraisemblablement oublié dans shin godzilla (godzilla resurgence), dernier avatar actuel moderne du kaïju.

L'ouvrage montre également le rôle prépondérant de la production dans la tendance à humaniser et positiver le rôle de ces kaïjus pour toucher un public plus enfantin, malgré la désapprobation d'Ishiro Honda. 

Celui-ci aura également été l'auteur de films de SF intéressants pour l'époque tel que The first gas man, avant de se libérer de ses obligations envers la Tôhô et de retravailler avec Akira Kurosawa à partir de Kagemusha.

Quant aux thématiques transversales de l'oeuvre, la place du Japon et la notion d'utopie, des femmes, l'existence des monstres en tant que miroirs de l'âme humaine sont autant de sujets abordés dans cet ouvrage au demeurant passionnant pour l'amateur de SF japonaise ancienne, de kaïjus eiga ou des curieux de son oeuvre. Alors un livre à conseiller ? Absolument.








* Journaliste semble-t-il, intervenant notamment pour l'écran fantastique.
** ex : le mot profond est illisible sur la photo de couverture
*** p36 : "kodayama yondeiru" (un écho appelle) => le terme correct en japonais est kodama.
p87 : "La créature stoppe son les dégâts (...)"

samedi 22 septembre 2018

Cet été-là, j'étais soldat... de Kaneko Tôta


En matière de haïkus japonais, Kaneko Tôta fut sans doute l'auteur contemporain le plus important, traversant le vingtième siècle, et ses diverses évolutions esthétiques nippones (1).

Au-delà de son activité de haïjin, il tira de son expérience de la guerre les fondements de sa volonté de résistance à l'iniquité et de son engagement en société : syndicaliste pendant sa vie professionnelle, il apporta notamment son soutien aux mouvements pacifistes et de lutte contre le nucléaire après l'accident de Fukushima.

Naturellement, il calligraphia le slogan de ralliement des mouvements de protestations actuels "Abe seiji wo yurusanai" :


(lors d'un voyage en septembre 2017 - Nakano, quartier de Tokyo)

Ce sont les événements de ces dernières années qui l'incitèrent à rédiger et publier ses mémoires en 2016, sans doute avec la motivation de transmettre par son expérience cet esprit de résistance face aux résurgences des démons de la société japonaise.

Le livre "Cet été-là j'étais soldat", traduit par Laurent Mabesoone (un de ses disciples) et publié par les éditions Pippa en 2018, est ainsi une porte ouverte sur la vie et l'oeuvre de cet auteur encore méconnu en France et pourtant essentiel.

Enrichie de cartes, photos, d'un glossaire et d'un index de noms et prénoms, l'édition est didactique autant que possible et présente quelques haïkus du maître en japonais en caractères imprimés (et non les difficilement lisibles calligraphies pour un apprenant du japonais lambda), puis romajis (pour la musicalité du texte) avant sa traduction. Ce qui est un point essentiel selon moi pour une bonne édition de haïkus.

J'éprouve cependant un léger regret avec le caractère partiel de cette biographie (j'aurais apprécié une édition complète).

Je conclurai cette brève chronique avec un extrait des 40 haïkus de ces dernières années : 

雪積めど放射能あり流離かな

Yuki tsumedo hôshanô ari ryûri kana

Sous la neige,
Toujours là, la radioactivité.
Exode.


(1) Personnellement, son livre de haïkus pour débutants "haiku nyûmon" (en japonais) m'accompagne depuis longtemps dans ma pratique de composition.

mercredi 5 septembre 2018

La révolution Meiji


Dans le cadre de "Japonismes 2018", une série d'événements officiels (ou non, mais associés) marquant le 160e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises (et le 150e anniversaire du début de l'ère Meiji), diverses initiatives complémentaires semblent profiter de cette actualité pour présenter une programmation en relation avec le Japon (et la rétrospective sur le réalisateur Ozu Yasujiro n'y est peut être pas étrangère).

A cette occasion, le Magazine Histoire & Civilisations, collaboration - semble-t-il - entre Le Monde et le National Geographic, dédie quelques pages à la thématique "JAPON MODERNE - Tout commence à l'ère Meiji -" (n°42 - 2018).

Découvrant ce magazine, en même temps que les articles plus spécifiquement dédiés au Japon, je me permettrais de glisser quelques mots sur cette édition.

D'un aspect global attractif, la revue met en lumière des sujets variés avec beaucoup de matériel visuel : des reproductions de photographies d'époques, de tableaux d'estampes ou des photographies d'objets issus de collections de musées...

Les articles, en effectuant un vrai travail de synthèse sur ces points précis de l'histoire, permettent une première approche pour les non spécialistes.

Le défaut structural de ce genre d'édition de collaboration entre le National Geographic et Le Monde, est le mélange d'articles internationaux (du NG), moins adaptés à notre réalité locale, traduits en français et d'articles plus spécifiques pour notre pays (Sans doute initiés par le Monde ?). 

Je suppose que ces articles internationaux, proviennent des stocks des différentes versions du NG à travers le monde, comme le premier article de "JAPON MODERNE - Tout commence à l'ère Meiji -", d'un universitaire espagnol (la mention de la traduction en français est bien présente). 

Ainsi, dans le premier article, après première partie somme toute intéressante, nous nous retrouvons avec un passage dédié à un espagnol, Gonzalo Jiménez de la Espada, traducteur de Cerventès au Japon sous l'ère Meiji. Il aurait été préférable et plus intéressant d'avoir une présentation des liens France Japon au travers de français présents là-bas à cette époque.


Concernant plus spécifiquement ce numéro, le dossier consacré au Japon occupe la partie centrale du magazine (P30 à 57) et se décline en 3 articles :

- "Le Japon s'ouvre au Monde" de José PazO Espinozza, professeur à l'université autonome de Madrid ;

- "Le Japon se réinvente" entretien avec avec Michael Lucken, historien spécialiste du Japon et professeur à l'INALCO ;

- "Le Japonisme, une passion française" d'Emilie Formoso, journaliste.

En conclusion, cela reste une approche intéressante de cette ère charnière qui a préparé le Japon à l'époque moderne, en 3 articles consacrés sur le sujet. 


Il me reste à découvrir le numéro aussi consacré à Meiji du magazine "L'histoire", mais j'en reparlerais une autre fois.



A compléter avec le passionnant documentaire diffusé sur Arte "Tokyo Cataclysmes et renaissances" d'Olivier Julien (adapté de Shinji Iwata), composé d'archives rares, sur les mutations de Tokyo et de ses habitants au travers d'inserts de témoignages d'époques, d'évocations (parfois brèves mais sérieusement présentées) de problématiques portant sur l'économie, la société, l'urbanisme...