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mercredi 5 septembre 2018

La révolution Meiji


Dans le cadre de "Japonismes 2018", une série d'événements officiels (ou non, mais associés) marquant le 160e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises (et le 150e anniversaire du début de l'ère Meiji), diverses initiatives complémentaires semblent profiter de cette actualité pour présenter une programmation en relation avec le Japon (et la rétrospective sur le réalisateur Ozu Yasujiro n'y est peut être pas étrangère).

A cette occasion, le Magazine Histoire & Civilisations, collaboration - semble-t-il - entre Le Monde et le National Geographic, dédie quelques pages à la thématique "JAPON MODERNE - Tout commence à l'ère Meiji -" (n°42 - 2018).

Découvrant ce magazine, en même temps que les articles plus spécifiquement dédiés au Japon, je me permettrais de glisser quelques mots sur cette édition.

D'un aspect global attractif, la revue met en lumière des sujets variés avec beaucoup de matériel visuel : des reproductions de photographies d'époques, de tableaux d'estampes ou des photographies d'objets issus de collections de musées...

Les articles, en effectuant un vrai travail de synthèse sur ces points précis de l'histoire, permettent une première approche pour les non spécialistes.

Le défaut structural de ce genre d'édition de collaboration entre le National Geographic et Le Monde, est le mélange d'articles internationaux (du NG), moins adaptés à notre réalité locale, traduits en français et d'articles plus spécifiques pour notre pays (Sans doute initiés par le Monde ?). 

Je suppose que ces articles internationaux, proviennent des stocks des différentes versions du NG à travers le monde, comme le premier article de "JAPON MODERNE - Tout commence à l'ère Meiji -", d'un universitaire espagnol (la mention de la traduction en français est bien présente). 

Ainsi, dans le premier article, après première partie somme toute intéressante, nous nous retrouvons avec un passage dédié à un espagnol, Gonzalo Jiménez de la Espada, traducteur de Cerventès au Japon sous l'ère Meiji. Il aurait été préférable et plus intéressant d'avoir une présentation des liens France Japon au travers de français présents là-bas à cette époque.


Concernant plus spécifiquement ce numéro, le dossier consacré au Japon occupe la partie centrale du magazine (P30 à 57) et se décline en 3 articles :

- "Le Japon s'ouvre au Monde" de José PazO Espinozza, professeur à l'université autonome de Madrid ;

- "Le Japon se réinvente" entretien avec avec Michael Lucken, historien spécialiste du Japon et professeur à l'INALCO ;

- "Le Japonisme, une passion française" d'Emilie Formoso, journaliste.

En conclusion, cela reste une approche intéressante de cette ère charnière qui a préparé le Japon à l'époque moderne, en 3 articles consacrés sur le sujet. 


Il me reste à découvrir le numéro aussi consacré à Meiji du magazine "L'histoire", mais j'en reparlerais une autre fois.



A compléter avec le passionnant documentaire diffusé sur Arte "Tokyo Cataclysmes et renaissances" d'Olivier Julien (adapté de Shinji Iwata), composé d'archives rares, sur les mutations de Tokyo et de ses habitants au travers d'inserts de témoignages d'époques, d'évocations (parfois brèves mais sérieusement présentées) de problématiques portant sur l'économie, la société, l'urbanisme...

mercredi 28 octobre 2015

En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus - Documentaires de Imamura Shohei



Grâce à un ami, j'ai pu visionner les documentaires d'Imamura Shohei "En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus"....未帰還兵を追って (mikikanhei wo otte)

Le DVD1*, distribué par Baba Yaga films, contient les documentaires suivants :
- En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus - Malaisie N°1 (1971) ;
- En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus - Thaïlande N°2 (1971) ;
- La brute revient au pays natal (1973).



A l'époque, ces documentaires ont un ton bien différent de ce qui pourrait être tourné aujourd'hui dans l'archipel et le premier commence en établissant clairement la responsabilité du Japon dans la seconde guerre mondiale.
D'un point de vue de technique documentaire : la caméra saute et oscille. Cela peut-être la qualité des stabilisateurs de l'époque.

On peut parfois se demander si l'obsession de certaines émissions de variété japonaises à chercher des compatriotes dans le monde entier pour savoir ce qu'ils sont devenus, serait venu de ces documentaires d'Imamura Shohei.

Dans ces émissions de variété moderne, le ton est léger et là pour renforcer deux messages : qu'il est bon d'être au Japon par rapport à la vie difficile à l'étranger et mettre en exemplarité les vertus japonaises dans un contexte extérieur.

Quant à Imamura, la démarche est à l'époque plus forte, dérangeante, même. En effet dans une société de la communication non verbale et du consensus, à une époque où les japonais souhaitaient effacer une partie de leur passé, le réalisateur met les pieds dans le plat, pour réactiver une forme de mémoire.... C'est que l'époque est contestataire (la jeunesse se révolte, refuse l'alliance avec les USA, est contre la guerre du Viet Nam...) et Imamumra cherche à comprendre et faire comprendre ce passé guerrier du Japon. Le mettre en contexte : il va donc chercher ces soldats non rentrés au Japon, ceux qui n'ont pas subi l'évolution de ce pays.

Le réalisateur se fait le témoin direct dans ce documentaire : il apparaît à l'écran. Et n'hésite pas à faire un tour dans les clubs louches pour trouver la veuve d'un ancien soldat japonais dans le premier documentaire (N°1 - La Malaisie).

Au détour de ses recherches il arrive à interviewer plusieurs personnes dont un ancien militaire converti à l'islam en Malaisie, qui s'interroge sur la pertinence du pouvoir au Japon, le sens de la guerre passée, de l'endoctrinement. Ainsi le documentaire est traversé de thèmes de science politiques (des thèmes que l'on ne verrait pas de nos jours).

Imamura poursuit son travail avec le deuxième documentaire et part avec son équipe en Thaïlande pour "interroger des soldats japonais non-rapatriés, au sujet de leurs expériences, pour appréhender cette guerre, trop souvent oubliée en temps de paix, dans sa réalité et dans toute son horreur."



Et naturellement, cette vérité que l'on croit tue, apparaît naturellement de la bouche de ces anciens soldats - de gré ou de force - et leurs souffrances. Dans l'alcool, les esprits s'échauffent, les démons resurgissent du passé. Les officiers et leurs folies. Les horreurs. Celles qui ont été vues. Ou commises.  Et parfois les soldats sont également leurs pires ennemis dans leur sauvagerie. Certains propos font froid dans le dos et d'autres redonnent foi en l'humanité.



L'un est prêt à reprendre les armes, l'autre ne parle plus que thaïlandais. Par choix ? De la bouche du troisième la conscience, le refus d'exécuter l'inhumain : "les ordres il faut réfléchir avant de les exécuter".
"Vous pouvez êtres ouvriers ou paysans, mais vivez comme des hommes. Les plus grands hommes ne sont pas forcément des premiers ministres. Les plus braves sont ceux qui ont vécu humainement" disait son professeur.

On parle de l'empereur : l'un n'a pas assez de mots (négatifs) pour dire ce qu'il en pense et l'autre a toujours celui-ci dans son coeur.

Dans le troisième documentaire "la brute revient au pays natal", Imamura fait rentrer l'un des anciens soldats au Japon, pour le confronter à la société, son évolution et ses oublis : la "brute" rentre au pays et reprend contact avec sa famille. Il découvre pourquoi et par qui il a été déclaré mort. Des frictions naissent : les anciens soldats n'ont plus leur place dans le Japon moderne des années 70 et sa course à la prospérité.





Au final, en suivant ces soldats qui ne sont pas revenus : des documents "claque dans la gueule", salutaires qui interrogent un Japon pas si monolithique que cela.


*Le DVD2 sera chroniqué séparément ou cette chronique sera mise à jour ultérieurement.