vendredi 14 avril 2017

ghost in the shell : une digestion hollywoodienne en manque de génie



Synopsis : Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.

- Attention : quelques spoilers -

Ghost in the shell ou 攻殻機動隊, Kōkaku kidōtai, est une une oeuvre colossale de la SF cyberpunk des années 90 : d'abord un manga (89-97) de Masamune Shirow, puis des déclinaisons animées dont le premier film au cinéma de Mamoru Oshii....Avec ses divers opus, il constitue un univers original mais comportant quelques incohérences toutefois.

J'ai eu l'occasion d'aller voir l'adaptation "live", réalisée par Rupert Sanders en 2017 - à qui l'on doit également Blanche Neige et les chasseurs (une grosse production hollywoodienne standard) -. J'étais assez dubitatif avant de rentrer dans la salle de cinéma, m'interrogeant sur la capacité à matérialiser en cinéma US cette oeuvre colossale de la SF cyberpunk qui fusionne les problématiques d'alors : sociétés hypertechnologiques, éclatement du pouvoir politique, émergence des cyborgs et IA...

Il faut avouer aussi que j'avais été très étonné en découvrant le casting, avec au premier plan Motoko jouée par Scarlett Johansson - la crainte d'y voir un white washing, ne me rassurait pas non plus * -.
J'ai toutefois souri à Takeshi Kitano en vieux badass et apprécié sa présence**, m'évoquant ses anciens rôles de porte flingues... Juliette Binoche n'était pas désagréable non plus.

J'en suis ressorti partagé avec le sentiment d'avoir assisté à une assez bonne digestion hollywoodienne, mais en manque de génie.

D'abord la réalisation, de nature vidéo clipesque, qui achoppe sur la longueur des scènes et créé le plus souvent des vignettes successives sans permettre au spectateur une immersion véritable, ce qui faisait la force du film animé de 1995.

A l'intérieur de ces vignettes, la ville du futur (avec des faux airs de blade runner) est fortement mise en valeur, comme un personnage à elle toute seule... Et parfois trop, en surreprésentation, gâchant encore plus les moments d'immersion nécessaire, comme la scène où Mokoto plonge dans la baie.

Aussi, la présence des interdits hollywoodiens atténue le sens et les thématiques du film. Un exemple : le remplacement du corps nu (en apparence très humain) de Mokoto Kusanagi par une combinaison, dans la première scène d'action. La pruderie en vogue applique ainsi un filtre à une oeuvre géniale, en oubliant le point important : la vision de ce corps nu, très humain en apparence, constituait une représentation symbolique de l'atténuation des frontières entre l'homme et la machine. 



Le film possède également la volonté de prendre en main le spectateur, de lui donner toutes les clés du monde par des textes de mise en contexte ou des explications données par les personnages. L'immersion est encore une fois sacrifiée sur l'autel de la compréhension de tous.

Quant à l'histoire nous retrouvons les inconvénients de cette digestion imparfaite avec un scénario qui semble prendre des éléments des différents opus et impose une vague d'histoire d'amour, ou apporte une vision plus manichéenne des dangers de la technologie (polarité entre excès de la technologie et rebelles). 

Le scénario fonctionne en tout cas, et hors de contexte des oeuvres originales, nous aurions un assez bon film de SF bien formaté grand public : les images sont jolies, le casting joue bien, l'histoire se déroule sans accrocs

Quant au sens de l'oeuvre, le film se détourne du propos de ses prédécesseurs, avec une Mokoto amnésique, obsédée par la recherche de son passé, clé de son identité, lui permettant de définir ce qu'elle est (cadré par deux phrases sentencieuses de Binoche et Kitano), nonobstant son caractère de cyborg.

L'histoire appuie d'ailleurs un rôle d'asservissement donné par la technologie : celui des puissants qui la maitrisent.

A l'opposé, le film d'animation de 1995 se positionnait beaucoup plus dans la recherche de la nature humaine dans ces sociétés hypertechnologiques (la fusion entre l'IA et Mokoto dans cette fiction tiens plus de l'évolution dans la continuité).

Hollywood s'est sans aucun doute mépris sur le sens à apporter aux oeuvres précédentes, peut-être par manque de connaissances du contexte culturel nippon.

C'est qu'au Japon il n'y a pas de rapports hostiles à la technologie (à l'inverse de l'occident) : cela se remarque dans les fictions et légendes et légendes (ici : le golem, l'île du Dr Moreau, le monstre de Frankenstein, terminator, etc...) ou les religions qui influent sur le rapport au monde (le shintoisme, dans lequel toute chose peut receler un kami VS les religions du livre qui opèrent une frontière bien nette entre l'homme et le reste).

En conclusion, si l'adaptation hollywoodienne a échoué à transposer l'âme de l’œuvre originelle, elle constitue une itération formelle simplifiée mais intéressante.

* mais "ce visage" peut trouver une explication avec le scénario.
** Kitano est l'unique acteur parlant en japonais dans tout le film. Cette curiosité n'a pas facilité la séance pour certains amis (japonais).

lundi 6 février 2017

Your name - Kimi no na ha de Makoto Shinkai



Your name (kimi no na ha) est un film d'animation réalisé par Makoto Shinkai en 2016, également auteur de The garden of words, voyage vers Agartha, ou 5 centimètres par seconde...

Tout d'abord, évacuons la comparaison journalistique avec Hayao Miyazaki, celle-ci provenant éventuellement de son succès au box-office (dépassant en chiffres le voyage de Chihiro). Il me semble d'ailleurs que le réalisateur a eu dans son processus créatif le soucis de s'éloigner de ses maîtres encombrants en apportant des touches de "modernité" à son œuvre (aspect visuel ou musical). 
Synopsis (allocine) : Mitsuha, adolescente coincée dans une famille traditionnelle, rêve de quitter ses montagnes natales pour découvrir la vie trépidante de Tokyo. Elle est loin d’imaginer pouvoir vivre l’aventure urbaine dans la peau de… Taki, un jeune lycéen vivant à Tokyo, occupé entre son petit boulot dans un restaurant italien et ses nombreux amis. À travers ses rêves, Mitsuha se voit littéralement propulsée dans la vie du jeune garçon au point qu’elle croit vivre la réalité... Tout bascule lorsqu’elle réalise que Taki rêve également d’une vie dans les montagnes, entouré d’une famille traditionnelle… dans la peau d’une jeune fille ! Une étrange relation s’installe entre leurs deux corps qu’ils accaparent mutuellement. Quel mystère se cache derrière ces rêves étranges qui unissent deux destinées que tout oppose et qui ne se sont jamais rencontrées?

Visuellement, Your name est  influencé par les images vidéos actuelles, notamment avec quelques scènes de time laps de la Ville (sans doute ici pour marquer le passage du temps, lequel a son importance dans le scénario)... Et une obsession certaine des portes automatiques des trains...

Le soin apporté aux détails visuels (une deuxième proximité avec les films du studio Ghibli?) des décors (éléments architecturaux, lieux naturels...) est également à noter, apportant un côté très immersif à l'histoire.

La musique a été confiée - dans cet esprit de modernité ? - à Noda Yojiro, chanteur du groupe japonais de pop-rocks Radwimps*, avec à l'esprit de créer des monologues ou dialogues supplémentaires des personnages de l'histoire. Si les mélodies sans paroles touchent justes, certains des morceaux chantés m'ont parfois semblé entrer en dissonance avec l'histoire. Ce qui est gênant pour un animé par ailleurs immersif...

Quant à l'histoire, l'échange de corps entre un jeune homme et une jeune femme n'est pas un argument uniquement dédié à une intrigue sentimentale impossible entre deux êtres : après la découverte de cet étrange phénomène et quelques scènes montrant la surprise et l'adaptation à la situation, le scénario part dans une nouvelle direction révélant une écriture bien construite.

Your name est aussi pétri d'essence japonaise : cette étrange rencontre entre deux personnes et le lien qui les unit, laquelle me semble être influencée par la légende du Bouvier et de la Tisserande**, ou les liens tissés entre générations successives d'une même famille et le rapport à la nature...

Au final, et malgré quelques défauts, Your name (kimi no na ha) est une oeuvre magnifique, montrant - s'il en était besoin - que l'animation japonaise ne s'arrête pas à la retraite de Miyazaki.


* intéressant groupe de pop rock du main stream japonais (ici : oshakashama)
** légende d'origine chinoise mais, motif très présent dans la fiction japonaise

mardi 27 décembre 2016

Godzilla contre Hedora (the smog monster), réalisé par Yoshimitsu Banno (1971)

Godzilla contre Hedora (the smog monster), réalisé par Yoshimitsu Banno (1971)



Synopsis (wiki) : Un étrange monstre né de la pollution hante les eaux du Japon et attaque les bateaux. La créature grandit de plus en plus et gagne la terre ferme, répandant des vapeurs toxiques mortelles. L'armée et Godzilla doivent joindre leurs efforts pour tenter d'éliminer la créature...


Vous le savez, j'apprécie beaucoup Godzilla, en tant que "série B", film de genre, même si je pense que le tout premier film de opus vaut mieux que cela et comporte une ambition plus importante.

Mais les films de Godzilla, outre l'intérêt que l'on peut porter à la franchise, apportent aussi un regard sur leur époque, qu'ils représentent d'une manière ou d'une autre. Ainsi de Godzilla contre King Kong et ses années 60 (qu'il faudrait mentionner une autre fois).


Cet opus révèle un kaiju né de la pollution, Hedora, et témoigne des problèmes environnementaux qui commencent à faire partie des agendas politiques. Le monstre est avant tout issu de l'humanité et de son inconséquence. Il intoxique en retour la planète dans une forme de rétribution.




Onzième film de la saga, ce versus a déjà un certain cahier des charges à respecter avec un témoignage de son époque (la mise en avant de la jeunesse et de sa musique), une mise en lumière d'une famille unie (celle d'un professeur ichtyologe) et d'une menace pour l'harmonie sociale (l'arrivée d'un nouveau monstre géant). 





Yoshimitsu Banno est le 4e réalisateur de cette saga (il n'en réalisera pas d'autres) et se contente de faire le job tout en se démarquant par quelques scènes animées intermédiaires assez intéressantes esthétiquement. 





Sinon les amateurs du grand monstre seront en terrain de connaissance , avec les effets spéciaux particuliers de  la Tôhô, mélange de maquettes et de personnages en costumes.

Godzilla se retrouve dans sa phase de force de la nature défendeur de la terre contre d'autres menaces. Il vole à un moment, de façon vraiment originale (il faut le voir pour le croire) et pratique le catch as usual. Humanisé dans une certaine mesure il en devient expressif et dans une forme de mise en abyme, le monstre est l'objet de jouets pour enfant.








Au final un joli opus des 70's, assez léger toutefois.


OWARI (FIN)

mercredi 30 novembre 2016

Notre petite soeur de Kore Eda Hirokazu (2015)


Synopsis : Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura. Par devoir, elles se rendent à l’enterrement de leur père, qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de 14 ans. Les jeunes femmes décident bientôt d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale…

Trois jeunes femmes habitent ensemble dans une vieille maison familiale à kamakura, ladite maison ayant autrefois appartenu à leur grand-mère. Bientôt elles apprennent le décès de leur père -ayant refait sa vie ailleurs- et l'existence d'une demi-soeur.Sur la proposition de l'ainée, Sachi, leur nouvelle sœur (à présent orpheline) vient habiter avec elles.

Kore Eda Hirokazu est un réalisateur qui m'émeut souvent et que j'apprécie de suivre au long de sa carrière cinématographique. En un sens il est le successeur de Yasujiro Ôzu, pour traiter dans ses oeuvres de la famille sous différentes formes et points de vue.

Lorsque j'ai appris qu'il adaptait Kamakura Diary, cela a éveillé ma curiosité, s'agissant d'un de mes mangas préférés, lequel explore avec une grande justesse des thématiques parfois difficiles au sein d'une famille atypique.  Le manga est une œuvre dense avec de multiples personnages, à la profondeur établie, ce qui rend l'histoire plus facilement adaptable sur une longue durée (une série en quelques épisodes, par exemple).

Ce projet est également la première adaptation d'une oeuvre pour Kore Eda, sauf erreur de ma part. Et cela se voit à l'écran : on sent le réalisateur un peu mal à l'aise, avec une distanciation qui rend le film un peu moins personnel, malgré une certaine proximité de l’œuvre originelle avec l'univers de Kore Eda.

Il pêche également par un manque de développement des personnages secondaires* par rapport au manga et un traitement qui rend l'histoire un peu anecdotique, mais le format d'un film de 2h peut expliquer cela.

Le film est toutefois sauvé par quelques beaux moments et le casting, rassemblant plusieurs stars japonaises, surtout habituées des dorama**, tient la route. Ainsi de Haruka Ayase ou Masami Nagasawa...

Au final, un film pas désagréable mais un peu en retrait par rapport au reste de l’œuvre de Kore Eda.

*profondeur de leurs caractères et importance dans l'intrigue
 ** téléséries japonaises

vendredi 21 octobre 2016

seven deadly sins

Seven deadly sins (七つの大罪 nanatsu no taizai - les 7 péchés capitaux) est un animé réalisé par Tensai Okamura (2015) et adapté de la  première partie du manga éponyme de Nakaba Suzuki
Synopsis (wiki) : Dans le royaume de Liones, les Chevaliers Sacrés, des soldats aux pouvoirs terrifiants au service de la couronne, viennent de trahir et renverser le roi. Elizabeth Liones, la troisième fille du roi, réussit à s’enfuir et part chercher de l'aide. Son seul espoir est la compagnie des Seven Deadly Sins, un groupe de sept anciens Chevaliers Sacrés surpuissants, recherchés depuis dix ans pour un crime qu’ils n'ont pas commis : l'assassinat du général en chef des Chevaliers Sacrés.

 Elizabeth arrive un jour dans une taverne, le Boar Hat, et rencontre le tenancier, un jeune garçon nommé Meliodas, et Hawk, son cochon loquace. Mais, surprise, le garçon se trouve être l’ancien chef des Seven Deadly Sins, le dragon de la Colère. À eux deux, ils vont partir à la recherche des six autres Deadly Sins et tenter de défaire les Chevaliers Sacrés.

Autrefois les clans des humains, fées, géants, dieux s'unirent pour bannir de la Terre le terrible et puissant clan des démons. Mais celui-ci va "organiser son retour"....

Vaguement inspiré par les légendes arthuriennes en version manga, cette série de 24 épisodes mixe un Naruto et Dragon Ball qui irait à l'essentiel (des super pouvoirs, mais des combats bien plus brefs, des pelotages à la docteur slump, un cochon qui parle, un petit tournoi de combattants, avec un hommage à tortue génial, etc...) avec un dessin qui m'évoque l'anime de Dragon Quest...

Pas si léger que cela, les personnages au design assez "mignon" cachent des blessures et une histoire pas toujours évidente. Le ton donné -avec les références arthuriennes, même japonisées - semble d'ailleurs être celui de la fin de l'âge d'or et du désenchantement (futur du monde).

On passe un bon moment et on se prend au jeu de l'histoire...Et puis il y a un cochon qui parle :


Et une taverne supportée par un cochon géant :

vendredi 30 septembre 2016

Bullet Ballet réalisé par Shinya Tsukamoto (1998)





Pour ceux qui sont allés au Japon*, la ville japonaise est foisonnante de lumières et couleurs la nuit. La démarche de réaliser un film en noir et blanc en 1998 peut apparaître moins évidente pour un simple spectateur tel que moi**, et évoque un peu le travail monochrome du photographe Daido Moriyama, (lequel travaille sur le désir yokubo,... voir cette vidéo sur le photographe). Pour revenir au film, les obsessions et désirs qui traversent Tokyo sont ainsi mis en lumière de façon intense.




La caméra sautille, certains gros plans fixés sur les visages deviennent plus intimistes. Cette impression se renforce avec le vignettage de certaines scènes.

Étiqueté comme un réalisateur punk, Shinya Tsukamoto, l'auteur de Testsuo,  se fait l'observateur de trajectoires erratiques de tokyoïtes un peu à la dérive, en filmant un club punk, un squat, une bagarre entre deux groupes rivaux, des passages dans des tunnels ou vues d'appartements standardisés, des toits informes... 



Goda (Shinya Tsukamoto, le réalisateur dans le premier rôle) un salarié moyen à la dérive après le suicide de sa femme avec un pistolet - dont nul ne s'explique la provenance -, se retrouve à sauver Chisato (Kirina Mano)  du suicide. Mais celle ci le pousse dans un guet à pend  et il est agressé et volé par ce gang. Sa seule obsession est alors de se procurer un flingue pour se venger. De là à éventuellement tenter d'en fabriquer un (grâce aux informations sur le net puis à en faire usiner un parties par parties).




L'arme devient un médium de toutes ses pulsions de morts :  entre le désir de comprendre le décès de sa femme, celui de sa tristesse, celui de sa vengeance... voir le le désir envers Chisato. Goda découvre ainsi un Tokyo des bas fonds qu'il ne connaît pas et cette jeunesse perdue de Tokyo, ville dans laquelle l'absence de réelle communication rend le jeu social vide de sens. 

Dans cette ville, Idei, le chef de gang (joué par Tatsuya Nakamura, acteur et musicien), prend alors la forme d'un mentor pour enseigner "certaines leçons" :

" Dans tes rêves tu peux tuer quelqu'un et ne jamais te faire prendre.
Tokyo est juste un rêve. Un immense rêve. "

Rêves peut-être illustrés par certaines scènes contemplatives :



Rêves ensuite brisés par le passage à l'acte avec la prise de possession de l'arme et ses conséquences fatales.


Au final, malgré quelques cassures dans le rythme et une caméra pas toujours facile à suivre, Bullet Ballet, avec des scènes parfois magnifiques et d'excellents acteurs, est un bel hommage du cinéma nippon des 90's aux films noirs.

* ou ont vu lost in translation, par exemple

** attention je ne nie pas la valeur du noir et blanc (que j'apprécie) ou le choix artistique

mercredi 27 juillet 2016

Hai to genso no grimgar réalisé par Ryosuke Nakamura (2016)


hai to genso no grimgar -  " Grimgar, pays de cendres et d'illusions" est une série animé en 12 épisodes  réalisée par Ryosuke Nakamura (2016).

Adaptée d'une série de light novels, elle partage une petite parenté thématique avec Danmachi, dans l'idée d'intégrer des concepts ou mécanismes de jeux de rôles en tant qu'éléments de l'univers.

L'histoire nous présente ainsi des personnages amnésiques de notre monde, propulsés on ne sait comment dans Grimgar, une contrée d'heroic fantasy.

Pour survivre, ils vont devoir s'engager dans une sorte d'armée de volontaires et former un groupe ("party"), se spécialiser dans des rôles bien différentes (classes de personnages), et ainsi apprendre des compétences particulières ("skills") pour survivre, d'abord.

La grande différence avec la série animée précédente, est le ton donné à l'histoire : elle met en avant certains aspects matériels (comme la nécessité de laver ses vêtements, trouver de quoi assurer sa subsistance, manger dans un monde médiéval...) et "réalistes" quant à la progressivité de l'expérience (ils ne sont pas tout de suite des héros : peinent à vaincre leur premier ennemi etc...). Ajoutons que si la magie permet de soigner, la mort est définitive. Cela accroit la tension en cas de blessures de nos personnages.

D'autre part le sujet est traité avec une certaine justesse : ce groupe de "hasard" constitué de personnes déstabilisées dans un monde où elles ont tout à apprendre, va mettre du temps à s'apprivoiser. La sensibilité n'est ainsi pas absente dans les relations entre les personnages.

Les dialogues ou monologues (en japonais) sont assez beaux parfois, et soutiennent très bien cette ligne plus sensible, qui explore les doutes et interrogations des personnages.

Le rythme sera peut-être déstabilisant pour les amateurs d'actions car la série s'intéresse aussi et surtout aux petits rien entre deux scènes plus actives, à ce qui va permettre de former un futur héros. Mais les scènes d'actions ne sont pas simplistes ou expédiées vite fait : elle participent de l'histoire, du passage à la maturité des personnages. Les combats sont ainsi assez tactiques et mettent en avant le nécessaire travail d'équipe entre les spécialistes d'une party (magicien, guerrier, voleur, etc...).

L'animation est fluide et les plans lointains sont magnifiques, dans le style graphique des aquarelles, ce qui renforce la poésie de la série.



Alors pour qui ? Pour les amateurs de "jeux de rôles dans l'animation", pour les gens curieux de savoir comment on forme des héros, ou de voir ce que donne le croisement heroic fantasy et tranche de vie